L'acteur et l'écrit
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2012-2013

Feu la mère de madame/Feu la Belgique de monsieur

L’union fait la farce

Quelques mois après la création de Feu la mère de Madame, Feydeau quitte le domicile conjugal et prend ses quartiers dans un hôtel au nom prophétique : l’Hôtel Terminus. Le divorce sera prononcé officiellement, huit ans plus tard, à la demande de sa femme. Atteint de syphilis en phase terminale, Feydeau est interné dans un sanatorium en octobre trois ans après. Son esprit sombre alors dans l’incohérence, avec de cruelles rémissions au cours desquelles il prend pleinement conscience de l’étendue de sa déchéance. Feu la mère de Madame s’inscrit dans le cycle de comédies en un acte qu’il intitulait lui-même « du mariage au divorce ». Ces pièces féroces et géniales contiennent l’essence de sa vision du monde, juste avant le silence définitif. La matière en est autobiographique; la structure est, à chaque fois, celle d’une scène de ménage. Feydeau est à l’heure du bilan. Et ce n’est pas brillant. Il prend le parti d’en rire. Furieusement. D’en mourir de rire.

Le 13 décembre 2006, sur la chaine de la RTBF, l’émission « Questions à la Une » déroulait son sommaire. Deux sujets à l’ordre du jour : «Va-t-on supprimer les allocations de chômage en Wallonie ?» et «Les flamands sont ils plus corrompus que les wallons ?» Soudain l’image se brouille, la mire apparaît, puis le générique du «Journal Télévisé». François de Brigode, très grave, annonce alors aux téléspectateurs médusés que la Flandre vient de déclarer unilatéralement son indépendance. Le roi est en fuite vers une destination inconnue. Le drapeau national est en berne. C’est la fin de la Belgique. Ca sonne comme de l’info, ça a la couleur de l’info … mais c’est de l’intox. Le bandeau rouge qui cadre l’image aurait pourtant du mettre la puce à l’oreille des plus crédules : il se termine par un petit pictogramme à l’effigie de «La Dame au Cochon» de Félicien Rops. Si l’émission était une fiction, la peur qu’elle a déclenchée était bien réelle… Jean-Marie Piemme a écrit, à partir de ce point de départ, une farce féroce qui transforme nos souverains en effigies de baraque de foire et notre pays en guignol. Déguisés en Tchantchès et Nanesse, ils tentent de passer la frontière suisse … La petite et la grande histoire de notre pays surréaliste vont en prendre pour leur grade…

Feu la Mère de Madame et Feu la Belgique de Monsieur est un joyeux diptyque sur nos médiocrités privées et politiques. Fiction ? Réalité ? Allez savoir… Une chose est sûre : les personnages cherchent désespérément à sauver les meubles, mais, dans les deux cas, la catastrophe est annoncée. Comme le chantait délicieusement Bourvil : «c’est la fin des haricots».

Distribution

Texte Georges Feydeau et Jean-Marie Piemme
Yvonne/Reine Valérie Bauchau
Annette/Aveugle Caroline Detez
Lucien/Roi Philippe Jeusette
Joseph/Chinois Othmane Moumen
Dramaturgie et mise en scène Frédéric Dussenne
Assistanat à la mise en scène Andrés Cifuentes, Quentin Simon
Scénographie Vincent Lemaire
Costumes Lionel Lesire
Lumières Renaud Ceulemans

Extraits de presse

« De la bonne grosse farce, enlevée et insolente. Peu de chance d’y croiser nos altesses couronnées ! »

« Chroniques comiques de morts annoncées. Feu la Belgique de monsieur emboîte vaillamment le pas à Feu la mère de madame pour scruter nos petites médiocrités ordinaires. Roborative soirée où, a priori, caricature et justesse avancent de concert. »