L'acteur et l'écrit
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2016-2017

Les femmes savantes

Féminin pluriel

« Ah ! quel étrange amour ! et que

sont bien loin de brûler de ces terrestres flammes ! »

En tant que tapissier du roi, Molière faisait régulièrement le lit de Louis XIV. Il partageait ainsi un peu de son intimité.  J’aime à lire cette œuvre comme le prolongement public de ces conversations privées entre un artiste et son souverain.

Versailles est le lieu du paraître. Trissotin vient, après Don Juan, Tartuffe et le Jupiter d’Amphitryon, compléter la liste des grands imposteurs dont Molière s’est employé toute sa vie à arracher les masques.  

Après avoir égratigné le grand seigneur méchant homme, le faux dévot et le dieu suborneur, il déshabille ici, plus cyniquement encore, l’arbitre des élégances. Le critique, le conseiller, le membre de commission ou le chroniqueur de talk show avisé et proche du pouvoir, faisant l‘opinion, et n’hésitant, pas, au besoin, à couper les têtes.

Alain Deneault écrit, dans La Médiocratie : « Jouer le jeu », contrairement à ce que l’expression laisse penser (pour mieux s’abuser soi-même), consiste à ne se soumettre à rien d’étranger à la loi de l’avidité. » Trissotin joue le jeu.  L’art et la science ont bon dos.  Quant à l’amour…  Il ne sera question ici que d’argent et de pouvoir. 

Au XVIIème siècle, le corps des filles fait l’objet d’incessants marchandages.  Elles représentent un patrimoine. La dot attire les convoitises. L’autorité paternelle s’exerce sans partage.  Le mariage forcé est monnaie courante.  

En Occident, le patriarcat relève de la « nature ». 
Le féminisme fut – et est encore – affaire de culture.

Dans Les Femmes Savantes, la mère a pris  le pouvoir.  Le père destitué – impuissant ? – va tenter d’arracher sa femme et ses filles aux griffes d’un imposteur d’autant plus pervers qu’il semble soutenir l’aspiration légitime des femmes à échapper, par le biais de la culture, à l’aliénation dans laquelle, au nom de la nature, on prétend les maintenir.  

Molière aime les femmes. Et il les aime libres. Il ne saurait ridiculiser grossièrement la résistance de Philaminthe au « bon sens » machiste de son mari  sans désavouer du même coup à peu près tout ce qu’il a écrit avant.  Il va en conséquence, déployer, dans Les Femmes Savantes, un comique subtil, articulé sur l’opposition entre nature et culture.

Cette pièce est l’occasion d’une magnifique galerie de portraits féminins, où la venue de l’âge rend les élans romanesques de Bélise à la fois ridicules et déchirants ; où la raideur de Philaminthe, et son mépris du corps, cachent mal sa peur panique des hommes ; où le caractère trempé d’Henriette affronte avec force le cynisme éhonté de Trissotin ; où la figure bouleversante d’Armande, sacrifiée par sa mère sur l’autel de la philosophie, ne parvient pas à s’arracher à un amour idéalisé qui demande des preuves et à entrer de plain pied dans la réalité. L’humour flirte avec la tragédie. On n’est pas loin de Tchekhov.

Les Femmes Savantes mettent en scène un des plus beaux trios amoureux de la littérature française, dominé par la figure de Clitandre, d’abord amoureux d’Armande, qui se refuse à l’amour charnel, puis d’Henriette, qui accepte de l’aimer en entier, réconciliant ainsi l’âme et le corps, l’esprit et la chair. La nature et la culture. 

En conversant librement avec son Roi, Molière, mine de rien, pousse doucement la porte du siècle des lumières.  

Distribution

Texte Molière
Vadius, Lepine, Julien Maxime Anselin
Bélise France Bastoen
Armande Lara Ceulemans
Henriette Salomé Crickx
Clitandre Adrien Drumel
Trissotin Stéphane Ledune
Philaminte Hélène Theunissen
Dramaturgie et mise en scène Frédéric Dussenne
Assistanat à la mise en scène Jean-Marc Amé
Scénographie Vincent Bresmal
Costumes Romain Delhoux
Création lumières Renaud Ceulemans
Assistanat général Bernard Gahide
Production Rose Alenne pour L’acteur et l’écrit

Extraits de presse

« Les cœurs et les sens ne se musellent pas d'un diktat, et la direction d'acteurs de Frédéric Dussenne fait mouche à tous les coups pour nous tendre un miroir des plus ambigus. Avec ces Femmes savantes, L'Acteur et l'Ecrit porte ici fièrement son nom !  »

« Soutenus par une mise en scène lumineuse, les interprètes sont excellents. Frédéric Dussenne termine chacune des deux parties par une chanson tendre. Les combats d’idées cèdent la parole au cœur. »

« La justesse s'exprime dans l'équilibre délicat entre la rigueur - presque trop sage - qui enrobe le tout et la fantaisie bien sentie qui l'habite. Dans les questions qui jaillissent, dans le miroir que toujours nous tend Molière qui, souligne le metteur en scène, "se méfie des certitudes  »